« Chez lui, le sens de la couleur est absolu ; la couleur est son royaume des cieux et son domaine terrestre. Personne encore n’a régné avec autant de sûreté et de bonté que lui dans son propre royaume des couleurs. […] Chagall ne rêve pas : il nous raconte ses fables. » (Theodor Däubler, 1922)

Nombreuses furent les stars à arpenter le terrain de pétanque du petit village de Saint-Paul-de-Vence – une partie des touristes s’y rend encore dans l’espoir d’en croiser de nouvelles. C’est dans le magnifique cimetière, situé à quelques encablures de marche, que repose un des artistes les plus célèbres du XXe siècle, le peintre Marc Chagall, admiré et décrié, attraction principale du taphophile amateur de passage dans la région.

Juif d’origine biélorusse, étudiant aux Beaux-Arts de Paris dans les années 1910, Marc Chagall se nourrit des multiples influences artistiques de la capitale et développe un goût prononcé pour l’explosion des couleurs vives et la déconstruction des objets dans l’espace. Après un séjour prolongé en Russie en pleine révolution bolchevique et un retour en France, Chagall doit s’exiler aux Etats-Unis pour fuir l’antisémitisme de l’Occupation. Après la guerre, le Musée d’Art Moderne de Paris lui consacre une rétrospective et les commandes se multiplient.

Plusieurs années après sa disparition, certaines de ses œuvres ne font toujours pas l’unanimité auprès du public, notamment lorsque ses créations s’intègrent dans des décors séculaires, au style très marqué : c’est le cas du plafond de l’Opéra Garnier à Paris (1964) commandé par son ami André Malraux ou des vitraux de la Cathédrale de Reims (1974).

Mondialement reconnu et admiré, Marc Chagall s’est éteint en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, où il vivait et travaillait depuis de nombreuses années. Lors de mon dernier passage dans le petit cimetière, des admirateurs anonymes avaient laissé, en forme d’hommage, quelques cailloux pour montrer qu’ils étaient venus se recueillir sur la tombe de l’artiste. La deuxième épouse de Chagall, Vava, repose à ses cotés depuis 1993 (ainsi que son frère Michel Brodsky, décédé en 1997).

