« Après ma mort, on dressera une grande croix de Lorraine sur la plus haute colline, derrière ma maison. Et comme il n’y a personne par là, personne ne la verra. Elle incitera les lapins à la résistance. » (Charles de Gaulle, 1969)

C’est une expérience de visiter Colombey-les-deux-églises au mois de février, dans la brume et le froid. Pas une âme errante dans des rues vides et tristes, une campagne environnante que l’on ne distingue pas et des grands arbres sans feuilles le long des routes, comme autant de silhouettes séculaires qui incitent au silence. Un tel jour, impossible d’apercevoir de loin la croix de Lorraine, que l’on devine toute proche. Le village semble coupé du monde, loin des hommes. Des drapeaux tricolores flottent devant la maison du Général ; il n’y a pas un bruit, sinon celui de nos pas vers la porte de la propriété. D’une telle atmosphère, on ne s’étonnerait qu’à moitié de voir surgir le grand homme et entendre une voix d’outre-tombe nous rappeler aux heures de gloire de « la France éternelle ».

Il serait inutile ici de revenir sur les liens unissant le village de Colombey à la figure du Général de Gaulle. Ce qu’il en reste près de cinquante ans après sa mort est aussi intéressant car se traduit dans l’espace dès les abords du petit cimetière, gardé par des policiers qui doivent parfois trouver le temps long. « Ma tombe sera celle où repose déjà ma fille Anne et où, un jour, reposera ma femme. Inscription : Charles de Gaulle (1890-…). Rien d’autre. » La sobriété de la tombe a été respectée, c’est la première à gauche en entrant dans le cimetière.

En dépit de ce qu’il aurait sans doute souhaité, le cimetière de Colombey est un sanctuaire du gaullisme. Sobre et simple, toutefois, à l’image de la famille. Outre Charles de Gaulle, sa fille Anne et son épouse Yvonne, on trouve juste à côté la tombe d’Alain de Boissieu, compagnon de la Libération et gendre du Général, personnage haut en honneur et principes. Depuis 2013, son épouse Elisabeth de Gaulle repose à ses côtés. Derrière le calvaire sont déposées des dizaines de plaques funéraires, envoyées du monde entier pour le souvenir de l’illustre personnage du cimetière.



Autour de l’église, quelques boutiques de souvenirs sont entièrement consacrées au Général de Gaulle. Tenues par de sympathiques habitantes, elles entretiennent elles aussi, à leur manière, la mémoire de l’ancien Président de la République et héros de la Résistance, en offrant au visiteur curieux de rapporter un petit souvenir, ou au militant désireux d’augmenter sa panoplie du parfait gaulliste, des dizaines d’objets, de la sobre reproduction d’affiches à la tasse ornée de portraits du Général.

A quelques minutes du cimetière, La Boisserie accueille également les visiteurs curieux de découvrir la maison du Général. Un circuit est organisé entre la cour, une partie du jardin et l’intérieur (uniquement le rez-de-chaussée), dont le salon où il s’est éteint, foudroyé par une rupture d’anévrisme le 11 novembre 1970. Un peu plus loin en voiture, l’impressionnant mémorial de Gaulle veille au souvenir historique et culturel de la vie du Général. Une immense croix de Lorraine, récemment restaurée, domine la colline.

« Je n’étais rien, au départ. » (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre)
- Voir aussi : Les tombes des Présidents de la République française.